LA NORME AERONAUTIQUE EN VISION
DES COULEURS
Par Arthur Pape
 Patronage de:
AOPA Australie
Pour la promotion de
"La Liberté des Aviateurs Responsables"
 
(trad. Michel Caplain, Dr es Sciences)

English Original Version

Contenu:

Dédicace et objectif.

Preuve "scientifique" ou "Coup de Main"?

L'auteur.

Evaluation et certification du pilote.

Une brève histoire de la Norme.

Utilisation des couleurs en aviation.

Les principes essentiels.

Le tribunal Administratif.

Les "Défenseurs" de la Norme.

Résumé

Qu'est-ce que le Daltonisme?

Lien vers l'Article d'Avmedia

(en anglais)

Ce que ne peuvent pas faire les daltoniens.

Lien vers l'Editorial de "Landings.com"

(en anglais)

Ce que peuvent faire les daltoniens.

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Ce que font les pilotes et comment.

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ATTENTION!! cette page est colorée. Seuls ceux qui ont une vision normale ou agréée peuvent s'en servir.
En fait, la raison des couleurs dans cette page web est à peu près aussi subtile que l'utilisation des couleurs dans l'aviation, et tout aussi arbitraire. Cependant, tous admettront que la couleur rend la page plus agréable, pour tous les types de daltoniens comme pour les autres.

Dédicace et objectif

Nous dédions cette page aux millions de jeunes dans le monde dont l'ambition de devenir pilotes et de connaître les joies de l'aviation sont réprimées par la norme de perception des couleurs.

Nous espérons apporter l'espoir aux victimes de cette absurde "norme" pseudo-scientifique soutenue par un groupuscule obtus et bruyant de "spécialistes" de la vision qui ne comprennent pas grand chose à l'aviation ni aux merveilles de la perception.

Nulle part le débat n'a été plus intense qu'en Australie, où l'auteur a combattu cette norme pendant vingt ans. A la fin des années '80, le combat a abouti à deux recours au Tribunal Administratif   libérant tous les pilotes australiens daltoniens de toute restriction au vol de nuit. Après examen exhaustif de tous les aspects de la question,le Tribunal déterminait que le daltonisme n'entrave pas la sécurité de la navigation aérienne.

Ce site web démontre en détail que la Norme Aéronautique de Vision des Couleurs est purement injustifiée et inutile. Le but est d'informer aussi bien les daltoniens que les autres.Nous espérons aussi que les responsables des normes aéronautiques médicales voudront bien prendre ces arguments en considération. On ne saurait réglementer la sécurité aéronautique (ni aucune autre activité humaine) sur des arguments d'ignorance ou de mauvaise science.

L'Auteur

Mon nom est Arthur Pape, Australien né Hollandais et médecin diplômé de Melbourne, Australie en 1969. Pilote depuis 1977, j'ai la licence PP-IFR-Multi australienne avec env.1500 heures de vol. Je suis Médecin examinateur de l'Aviation Civile Australienne et Vice-Président de l'AOPA-Australie. Praticien généraliste chez moi à Geelong, Victoria, Australie, je bichonne un Seneca-2/1976 qui doit détenir le record des pannes de train avant: quatre en six ans, mais c'est une autre histoire.

Je suis daltonien.

En 1977, j'ai commencé à étudier la norme aéronautique de vision des couleurs. Initialement, j'étais interdit de vol de nuit à cause du daltonisme. La raison invoquée était l'usage des feux de position colorés aidant à évaluer le risque de collision, et qu'il fallait donc exclure les individus inaptes à identifier ces couleurs. Ensuite, d'autres raisons furent ajoutées qui seront revues plus loin.

A terme, j'ai eu l'occasion d'observer tous ces usages de la couleur en aviation et j'ai pu constater l'incohérence entre ce que je savais percevoir et ce que je n'étais pas sensé voir. La norme de vision des couleurs est alors devenue l'un de mes principaux centres d'intérêt. Quels étaient sa nature, son but et son fondement scientifique? Cette norme était-elle étayée sur des expériences ou études scientifiques? Ces questions et bien d'autres m'occupèrent une dizaine d'années tandis que ma connaissance et mon expérience de l'aviation s'étoffaient. J'ai eu accès à des simulateurs évolués où j'ai pu utiliser le superbe EFIS du Boeing 767. Volant en observateur-cockpit, je connaissais la tâche des pilotes et n'avais aucune difficulté à en faire autant.

Je lisais des montagnes de justificatifs "scientifiques". L'écart entre la théorie fondant la norme de vision des couleurs et mes propres observations devenait béant.

Mes observations des autres avions et obstacles éclairés de nuit, des pistes et taxiways, des seuils et aires d'attente, des signaux optiques et de tous ces problèmes qui n'en étaient pas, accentuaient mes soupçons que mon daltonisme était probablement sans effet. Mais cette conviction n'était encore qu'intuitive.

C'est la rencontre fortuite du nouveau Professeur de Psychologie de l'Université Dunkin (Boris Crassini) qui m'a ouvert les yeux. Il écoutait patiemment mes soucis sur cette norme et les projets scientifiques supposés la valider. Spécialiste de la perception, principalement visuelle, il put confirmer l'essentiel de mes soupçons (..) Grâce à lui et son collègue le Dr Patrick Flanagan, j'ai beaucoup compris sur la perception et la philosophie des sciences. Mais sa meilleure leçon a peut-être été de me faire accepter que j'étais daltonien et de cesser de prétendre que je pouvais "voir les couleurs". Cette acceptation était une précondition essentielle aux recours qui devaient s'ensuivre. Le témoignage expert de Boris et Patrick devant le Tribunal allait être rationnel, objectif et sans faille. Les daltoniens de ce pays leur doivent beaucoup.

Avec une confiance accrue, je martelais mon point de vue devant les officiels australiens, face à leur hostilité croissante. Quand tout recours à la raison fut épuisé, j'entamais les poursuites. Mes deux recours furent victorieux.

Mais la norme de vision des couleurs a de puissants partisans qui ne se laisseront pas intimider. Quelque huit ans après le verdict Denison, ils continuent à l'ignorer. Ils persistent à dénigrer la décision du Tribunal qu'ils estiment incompétent. Quelques fiertés et réputations en ont souffert. Le "chevalier blanc" expert est encore attendu qui viendra rétablir la norme sur son piédestal.

Ils ne peuvent admettre pourquoi ils ont perdu: la norme aéronautique de vision des couleurs est fondée sur de la fausse science sans logique. Ce n'est pas que les défenseurs de cette norme soient mauvais ou malhonnêtes, mais la validation de leur théorie est fallacieuse et ne résiste pas à l'examen critique.

 

Une Brève Histoire de la Norme

Autrefois les daltoniens ne pouvaient voler. La raison était que la"couleur" était "utilisée" en aviation pour signaler les choses importantes. La radio n'existait pas. Les avions avaient des "feux de navigation" comme les bateaux. L'autorisation d'atterrir, décoller, rouler était signifiée par des panneaux ou feux colorés, et les daltoniens s'avéraient peu sûrs dans l'interprétation de ces signaux. Les feux de navigation (rouge à babord, vert à tribord, blanc à la poupe, même les termes étaient marins) étaient croyait-on utiles contre les collisions. Quelle catastrophe si une erreur de couleur causait une collision en vol. Et c'est ainsi que le monde de l'aviation imposait la norme de perception des couleurs. C'est à La Conférence de la Paix de Paris en 1918, après la 1ère guerre mondiale, que fut officialisée cette norme.

Depuis lors, l'aviation est devenue un moyen de transport public sophistiqué et courant. Les communications et navigation radio fiables se sont généralisées. Les avions ont gagné en dimension et en vitesse. La couleur a été ajoutée au "système" pas de manière réfléchie mais au petit bonheur la chance, "parce qu'elle était disponible". La liste des "utilisations" de la couleur en aviation est maintenant très longue.

Tandis que les systèmes aéronautiques se développaient, la compréhension de la vision, des bases du daltonisme, et de la perception s'amélioraient avec le développement des spécialités en Ophtalmologie, Optométrie et Psychologie de la Perception, les "sciences de la vision".

Mais la norme de vision des couleurs persistait. Certes quelques pays accordaient des concessions devant les doutes croissants sur sa pertinence. Avec le temps, plus personne ne prétendait sérieusement que les couleurs des feux de navigation puissent contribuer à éviter les collisions. La perception du risque de collision en aviation n'est pas plus affaire de couleur qu'au tennis ou au football. Et l'utilisation des signaux optiques est tombée en désuétude avec l'avènement de la radio. Au début des années '70, la Norme de Vision des Couleurs paraissait sur le point d'être abandonnée.

Restait un dernier carré de partisans de la norme (les "Défenseurs de la Norme"), dont la prospérité dépendait de l'administration des tests, qui cherchaient une nouvelle "raison d'être" pour maintenir la norme, et l'irruption des affichages cathodiques s'avérait pain bénit. Voilà une nouvelle génération d'instruments où la couleur pouvait être "utilisée" presque sans retenue. Sauvetage de dernière minute. La Norme de Vision des Couleurs pouvait, supposait-on, être défendue une fois encore.

La défense de la norme devait s'appuyer sur une "preuve scientifique" du handicap des daltoniens dans l'usage de ces nouvelles techniques, impliquant l'exclusion de ces individus dans l'intérêt de la "sécurité aérienne". Oui, il fallait invoquer la sécurité. Pas l'agrément, le confort, l'égalité ou les droits civiques, mais la sécurité.

Entre temps, les daltoniens rejoignaient en masse la communauté des pilotes sans avoir constaté aucun des inconvénients prévus par les théorichiens. Ils pilotaient comme les autres et nul ne remarquait leur daltonisme. Ils se retrouvaient en nombre croissant commandants de bord d'avions modernes, de nuit. Leur daltonisme était hors sujet. D'après tous les critères d'évaluation en vigueur, leur performance valait celle de leurs collègues normaux. L'attitude politique variait d'un pays à l'autre. Aux USA, la norme avait "dégénéré" au point que les daltoniens trouvaient des postes de commandants de bord des plus grandes compagnies aériennes aux commandes des jets les plus modernes. Ils pouvaient survoler d'autres pays dont la norme plus stricte leur aurait interdit de piloter en privé un petit Cessna.

En Australie, l'autorité aéronautique tentait de dominer le problème et de présenter une norme devant les tribunaux, car elle était sous pression pour justifier la norme par une preuve scientifique de sa validité. L'avènement des EFIS (affichages cathodiques) apportait l'occasion de poursuivre des recherches qui prouveraient que les daltoniens seraient moins sûrs et plus lents à interpréter l'EFIS. Ainsi la Norme serait "protégée".

La Norme Aéronautique de Vision des Couleurs est à nouveau sur la sellette en Australie et ailleurs. Cette année, les représentants de l'OACI se réunissent pour réviser la norme. La perspective d'une norme stable et rationnelle parait bien improbable. Les USA, Canada et Australie ont tellement libéralisé qu'un retour en arrière serait politiquement intenable. Les représentants de la JAA-Europe, au contraire, luttent pour la norme la plus restrictive possible. Ce qui m'intéresse c'est que leurs arguments n'ont pas changé. Pour leur justification scientifique, ils continuent de s'appuyer sur des travaux à la Cole et MacDonald.

Les Défenseurs de la Norme restent très actifs. L'enjeu est important pour eux.
 

Les Principes Essentiels

  1. Toute réglementation visant à interdir l'accès de personnes à des activités ou professions licites doit être fondée sur des arguments scientifiques de la plus grande probité. Ces arguments scientifiques doivent avoir été soumis à la plus sévère et complète investigation critique avant de donner lieu à des lois contraignantes et discriminatoires.

  2.  
  3. L'application de telles règlementations avec moins de précautions constitue une discrimination non moins répugnante que celles fondées sur la race, la religion ou le sexe.

  4.  
  5. La Norme Aéronautique de Vision des Couleurs constitue une telle règlementation, dont le support scientifique est défectueux et fallacieux.

Les "Défenseurs" de la Norme

 Le débat australien sur la Norme Aéronautique de Vision des Couleurs est monopolisé du côté "pro-norme" par la profession optométrique académique. Le Collège Victorien d'Optométrie, à l'Université de Melbourne, semble avoir obtenu l'exclusivité des contrats de recherche de l'administration aéronautique concernant la vision. Le Professeur Barry Cole, patron de longue date de ce Collège, est bien connu pour ses publications pronant des normes sévères en matière de vision des couleurs, non seulement dans l'aviation mais aussi dans toutes les formes de transports ainsi qu'une quantité d'autres professions. Ce sont ses arguments qui régulièrement font échouer les recours des victimes des normes de vision des couleurs. La correspondance décennale (obtenu au nom de la loi sur le Droit d'Accès) entre le professeur et la Direction de la Médecine Aéronautique révèle que le but de la recherche était de "Protéger la Norme": conflit d'intérêt patent. Jusqu'aux procès Pape et Denison (voir plus loin) jamais le fondement scientifique de cette norme n'avait été sérieusement analysé, au moins dans ce pays. Les travaux et opinions de Barry Cole ont enfin sérieusement fait l'objet d'examens et contre-examens rigoureux.

Le journal "Australian Optometry" de Mai 89 faisait sa couverture sur le verdict du procès Denison. Il rapportait exactement la décision du Tribunal. Pourtant, encore en Juin 97, l'Association Optométrique Australienne persiste à répandre le conseil officiel aux daltoniens de renoncer aux carrières aéronautiques, malgré les changements radicaux imposés par la décision Denison à l'Autorité Aéronautique Civile.

Les manuels d'optométrie du monde entier continuent à promouvoir cette absurdité.

Le Dr Barry Clark (PhD d'optométrie et collègue du Prof. Barry Cole) publie récemment dans Avmedia, Journal de la Société de Médecine Aéronautique d'Australie et Nouvelle Zélande la référence la plus superficielle et inexacte qui soit sur le cas Denison. Une fois de plus, l'approche de ces gens reste d'éviter l'analyse détaillée de l'usage des couleurs, préférant le recours à des généralités dont le bien-fondé espèrent-ils paraîtra évident aux lecteurs.

Il est clair que malgré le rejet complet de leur point de vue par le Tribunal Administratif, ils n'ont rien appris de leur rôle...

Tous les responsables qui s'appuient sur des "preuves" scientifiques pour valider des lois discriminatoires devraient pratiquer l'examen critique le plus méticuleux du protocole de recherche utilisé.
 

Qu'est-ce que le Daltonisme?

La physiologie et la transmission génétique du daltonisme ne sont pas sujets à débats et ne seront donc que résumées ici.

Trois pigments des cellules coniques de la rétine interviennent dans la vision des couleurs. L'un répond à la lumière de l'extrémité rouge du spectre, un autre à la région verte et le troisième à l'extrémité bleue. La perception anormale des couleurs vient de la dysfonction d'un des pigments. La protanomalie est due à la carence de pigment rouge, la deutéranomalie à celle du pigment vert, et la tritanomalie à celle du pigment bleu. L'hérédité des deux premiers est portée par le chromosome X: ils concernent presque 10% des hommes et 1% des femmes (avec quelques variations raciales possibles). Le troisième est rare et non détecté par les tests habituels.

Les lecteurs intéressés par la génétique et la physiologie du daltonisme devraient consulter les manuels et encyclopédies spécialisés.

 

Ce que ne peuvent pas faire les daltoniens

Les daltoniens ont, en raison du dysfonctionnement de pigments de leurs cones, une moindre aptitude à séparer les couleurs. La couleur est la longueur d'onde. Les gens normaux peuvent distinguer de nombreuses couleurs (peut-être par milliers), et les daltoniens beaucoup moins. Les tests exploitent cette carence pour détecter et mesurer le défaut.

Donc les daltoniens échouent aux tests de couleurs. Y compris les tests de reconnaissance de formes construites à partir de points dont les couleurs sont choisies à l'intérieur de "zones de confusion" des daltoniens. Le test d'Ishihara est le plus connu. Il y en a beaucoup d'autres dont la base scientifique est bien maîtrisée. Les daltoniens ont une déficience mais ne sont pas "aveugles" aux couleurs.

Il s'en suit que les daltoniens ne peuvent pas identifier et nommer les couleurs aussi sûrement que les autres.

Il en résulte que les daltoniens ont plus de mal que les autres à acquérir l'information de systèmes qui ne codent que par la longueur d'onde. (...)
 

Ce que peuvent faire les daltoniens.

En dehors d'une moindre aptitude à identifier, nommer et distinguer certaines couleurs, à réussir des tests et à exploiter des informations codées exclusivement en longueur d'onde, les daltoniens peuvent faire tout le reste, c'est aussi simple que ça.
LE HANDICAP DU DALTONISME EST RESTREINT A L'HYPOSENSIBILITE A LA LONGUEUR D'ONDE DE LA LUMIERE.
Les daltoniens ont la même aptitude que les autres à percevoir les formes, le mouvement, la profondeur, les contrastes, etc...

Ils ont les mêmes aptitudes aux tâches sensori-motrices complexes qui constituent les multiples activités de la vie quotidienne, des sports, du déplacement dans l'espace 3D, et le pilotage des avions.

Que les daltoniens puissent piloter est évident. Il y en a des milliers aux USA et en Australie.

De plus:

Preuve "Scientifique" ou "Coup de Main"?

 La Norme Aéronautique de Vision des Couleurs repose sur un semblant de logique qui peut se résumer ainsi: Les "défenseurs" de la norme ne manquent pas d'esquiver les questions qu'implique ce raisonnement:
    1. Dans chacun de la longue liste d'usages de la couleur en aviation, QUELLE INFORMATION DOIT EN EXTRAIRE LE PILOTE QUI ABOUTISSE AUX REPONSES ET COMPORTEMENTS APPROPRIES?
    1. Dans chaque cas, LE CODE COULEUR AMELIORE-T-IL L'ACQUISITION DE CETTE INFORMATION REQUISE DU PILOTE? SI OUI, COMMENT?

    2.  
    3. Et si oui, LE PILOTE DALTONIEN EST-IL DESAVANTAGE PAR SON DEFAUT VISUEL?
 La "Recherche" par ou pour les défenseurs de la norme recourt systématiquement à la stratégie suivante:
  1. L'usage de sujets incompétents, sommairement informés des termes techniques (NE JAMAIS UTILISER DE PILOTES EXPERIMENTES!)
  2. Choisir des tâches simplistes ou hors sujet (pour un pilote)
  3. N'utiliser le matériel que pour TESTER DE FACTO LA PERCEPTION DES COULEURS
  4. Recourir à l'analyse sélective des données pour aboutir au résultat souhaité.
 Les publications de Cole et MacDonald en sont un parfait exemple, et se résument ainsi:

Phase 1: deux groupes d'étudiants en optométrie furent utilisés pour voir si la couleur dans les écrans EFIS améliorait la rapidité et la précision de l'acquisition d'information. Un groupe travaillait sur des affichages colorés, l'autre en noir et blanc. Ce n'étaient pas des tâches de pilotes, mais des jeux. PAS DE VALIDITE FONCTIONNELLE (ECOLOGIQUE? SYSTEMIQUE?)

Phase 2: des groupes de daltoniens choisis parmi les malades furent soumis aux même jeux, uniquement sur des écrans colorés et leurs temps de réponse comparés au groupe normal sur écrans colorés. On fit mine de tenir compte des différences d'âge de sexe et de niveau d'instruction entre les deux populations. L'âge moyen des daltoniens se trouvait sensiblement plus élevé que celui des sujets normaux. Sur ces critères essentiels, on ne s'est pas préoccupé de sélectionner des populations similaires pour cette comparaison.

Les temps de réponse étaient mesurés en millisecondes. Les chercheurs n'avaient jamais voyagé dans un cockpit de Boeing 767 (dont l'instrumentation servait au test) afin de voir comment des pilotes s'en servent. Rien n'indique qu'ils aient saisi le lent processus de doubles vérifications qui est le fondement même d'un pilotage sûr et compétent.

Les conclusions étaient que la couleur améliore la précision et la vitesse des sujets normaux, mais d'autant moins que l'affichage était complexe et encombré. Il est significatif que les daltoniens n'aient pas été testés sur les écrans noir et blanc pour voir si eux aussi bénéficiaient de la couleur. On s'en doute, les daltoniens étaient moins fiables et rapides, mais comme ils n'étaient pas comparables au groupe normal en termes d'âge de sexe et de niveau d'instruction, on ne saurait attribuer la différence de performances à la variable couleur. La remarque surprenante que sur au moins une des tâches les daltoniens ont réussi aussi bien que le groupe normal n'a pas éveillé de soupçons sur la théorie soutenue.

Pour ces raisons, cette recherche, examinée de très près lors du procès Denison, a été à juste titre disqualifiée par le Tribunal. (...)

Pourtant ce projet continue à être invoqué comme preuve que "les daltoniens sont plus lents à répondre aux affichages EFIS en redondance couleurs, avec plus d'erreurs, particulièrement pour les messages d'alertes en rouge". Soyez en sûrs, la recherche n'a rien démontré de tel.

Ce projet n'a pas respecté les principes fondamentaux de toute recherche. Je n'insisterai pas plus, si ce n'est pour remarquer que ses prétendus résultats sont sans valeur.

LORSQUE LA "SCIENCE" EST INVOQUEE POUR JUSTIFIER DES NORMES LEGALES DISCRIMINATOIRES ET RESTRICTIVES, LA RESPONSABILITE ETHIQUE DES CHERCHEURS ET DE LEURS COMMANDITAIRES EST IMMENSE.

Ce que font les pilotes et comment.

On le sait, le pilotes volent! C'est probablement à la portée de tous, mais il leur faut d'abord apprendre les éléments d'aérodynmique, de navigation, de mécanique, de meteorologie et de réglementation. A un niveau dépendant des licences postulées. Ensuite ils doivent acquérir des compétences sensori-motrices pas du tout intuitives qui s'apprennent et se répètent jusqu'à un quasi automatisme.

Avec une compétence croissante vérifiée par des examinateurs qualifiés, le pilote se retrouvera responsable de la réussite et de la sécurité des vols.

Pour chaque vol, la préparation, la protection météo, le plan de vol, calculs d'autonomie, points tournants, performances spécifiques sont étudiés. La plus grande prudence implique la plus longue préparation, prévoyant aussi des déroutements pour causes météo ou autres.

Visite prévol. Conformité des paramètres moteurs, vérification des commandes, choix de la piste en fonction du vent, briefing des passagers sur l'évacuation d'urgence. Préparation mentale à une panne au décollage. Vérifications et re-vérifications. C'est ainsi, préparation extensive. Une meilleure connaissance de tous les facteurs limite les surprises: prise de conscience du trafic IFR local avant même de décoller. Superbe, très professionnel! Pas vraiment le genre de tâche qu'un étudiant apprend en dix minutes, d'accord?

En l'air le pilote égrène les étapes apprises dans sa formation. Checklist paramètres moteur, etc....Entraîné, usuel "naturel". Le but est d'arriver à destination confortablement, en sécurité au moindre coût. La protection de l'avion, des passagers et de l'équipage est essentielle.

Pour y parvenir quelques tâches essentielles sont:

  1. Eviter toute collision
  2. Eviter le sol et tous obstacles, sauf pour atterrir
  3. Surveillance extérieure
  4. Surveiller l'avion, le moteur et les instruments.
Tout cela est prévu, répété, étudié. (...)

Quand survient l'inattendu, la réaction déjà anticipée, doit être appropriée et dosée. Pas comme au cinéma. En fonction de l'événement, il faut identifier et vérifier la cause. Contrôler et confirmer. C'est ainsi.

Il ne s'agit pas de réflexe hâtif, probablement inapproprié, et peut-être fatal. Préparation, anticipation, identification, confirmation, vérification fréquente. Ce sont les outils du bon pilote. Et enfin, action corrective ou préventive. Vous y êtes? Le problème demande une action, mais pas avant d'être identifié sans ambiguité.

(Ce scenario est sans rapport avec le modèle que Cole et MacDonald préconisent si légèrement pour "prouver" que les daltoniens sont moins fiables et rapides à exploiter les EFIS. Quelle pitoyable naïveté de leur part!)

La prévention des collisions est essentielle. Comment y parvient-on? De jour, par bonne visibilité, le contraste lumineux avec l'arrière plan et le mouvement relatif sont les indices indispensables à la détection du risque. Et la nuit? C'est exactement pareil. Les feux fournissent le contraste lumineux et le mouvement relatif l'indice du risque de collision. Plus les feux sont brillants, plus leur suivi est aisé. Voyez comme c'est évident. De jour comme de nuit , sans visibilité (donc en IFR) on s'en remet aux radio communication, navigation et radar. Mais jour ou nuit, VFR ou IFR, la représentation mentale des position et mouvement relatif dans l'espace 3D est le propre de l'aviation.

On montre facilement que le rôle de la couleur pour déterminer la distance, la direction et le mouvement relatif d'une cible en 3D est inexistant. Le rôle des feux colorés pour la détection et le suivi est bien inférieur à celui des rotatings et strobes.

Et les obstacles fixes? Visibles si éclairés, et invisibles autrement. La seule présence d'un feu indique l'obstacle. Sa distance et sa direction ne sont pas codés par sa couleur (sauf en astronomie). C'est simple. Le pilote doit éviter tout objet éclairé, et si l'objet a une direction relative fixe, il sera percuté. Ne pas voler en dessous d'un feu si on n'est pas sûr que c'est un autre aéronef (rien à voir avec la couleur) et manoeuvrer de façon à accroître l'angle relatif pour éviter toute collision. C'est une règle de géométrie élémentaire, commune à toutes les tâches sensori-motrices (conduite automobile, sports, marche, saisir une poignée)

La même géométrie s'applique au contrôle du contact avec le sol lors de l'atterrissage, le but étant de minimiser le mouvement relatif vertical et latéral pour obtenir une approche stabilisée. L'angle et le mouvement relatifs sont tellement fondamentaux dans toute locomotion que comme beaucoup de compétences acquises ils deviennent automatiques. Il est certain qu'en aviation la compréhension des angles et mouvements relatifs, et des vecteurs est essentielle à tous les aspects du vol et de la navigation.

Je n'insisterai pas plus. Voyez la liste ci-après aimablement fournie parle Dr Barry Clark, et examinez-en chaque élément un par un. Demandez-vous en quoi la couleur intervient dans la tâche à accomplir: reconnaissance et réponse appropriée à l'information obtenue. Dans chaque cas, la couleur s'avère superflue par rapport à la tâche à accomplir. Cette page web ne me laisse pas la place d'entrer dans les détails, mais le Tribunal a passé 28 jours à le faire pour statuer sur le cas Denison (...) . Pas étonnant que les "Défenseurs" soient contrariés. Toute leur campagne de défense de la norme reposait sur la négligence des détails.

 

Utilisation des couleurs en aviation

Le Dr Clark affirme que "la couleur est omniprésente en aviation, souvent comme moyen de codage fonctionnel". Pour soutenir cette généralisation hâtive, il fournit cette liste, reproduite in extenso:

Evaluation et certification du pilote.

Comme on l'a vu, on devient pilote en apprenant les bases et les manoeuvres. Comme pour devenir médecin ou plombier, c'est affaire d'apprentissage, d'entraînement et d'évaluation par des experts. Il en va de même pour les pilotes daltoniens. Ils suivent exactement les mêmes procédures et utilisent les mêmes indices en toutes choses. Ils ne sont pas désavantagés, et si l'examinateur n'est pas prévenu, il ne devrait pas s'apercevoir que le candidat est daltonien. C'est ma propre expérience et celle des centaines de pilotes daltoniens que j'ai cotoyés. Ils font tout exactement comme les autres. On ne peut pas les distinguer des pilotes normaux tant qu'on ne leur inflige pas un test de vision des couleurs. Rappelez-vous que c'est la seule chose qu'ils ne peuvent pas réussir. Le pilotage n'est pas un test de vision de couleurs. C'est un test de connaissances et d'aptitude à guider un appareil complexe dans l'espace 3D, et rien d'autre.

La norme de vision des couleurs est soutenue et imposée par des bureaucrates et des universitaires qui n'ont pas la notion du mode opératoire des pilotes. Ils sont collés à un dogme idéologique qui ne résiste pas à l'examen. Après des années de soumission respectueuse, ils se sentent contraints de "défendre" cette norme contre la marée des pilotes daltoniens qui exigent d'être jugés sur leurs performances par des examinateurs qualifiés.

C'est pure arrogance de la part des "Défenseurs" de se croire plus aptes que les instructeurs et examinateurs sur qui repose en réalité la sécurité de l'espace aérien. D'autant plus arrogant quand la Justice émanant du peuple, établit la nature mythique de cette norme.

Je suis un médecin daltonien. L'importance de la couleur est bien plus grande en médecine qu'elle ne l'a jamais été en aviation. Des traces de sang dans les selles me sont invisibles. L'histologie n'est pas mon fort, en raison de l'information exclusivement colorée qui y figure. Pourtant cette gêne est sans incidence sur ma pratique médicale. En cas de doute je consulte un collègue, ou le patient qui adore aider ce "handicapé". L'inconvénient est mineur. Je connais mes limites et m'en accommode.

 

Le tribunal Administratif

L'Australie a bien de la chance. C'est, par rapport à d'autres, un pays ouvert et très démocratique. Le Tribunal Administratif relève de la Cour Fédérale(?). Les particuliers qui s'estiment lésés par un refus ou une restriction de licence peuvent en appeler au jugement indépendant du Tribunal Administratif qui peut se substituer au décideur attitré. Et la décision a force de loi et s'impose au décideur.

De 1985 à 1989, trois recours ont été examinés par les tribunaux (les liens suivent).

Le premier établissait la compétence du Tribunal Administratif, et permit de juger les deux recours suivants. L'intervalle de temps est dû au coût élevé de la procédure qui m'incombait personnellement.

Le Procès Pape (1) (en anglais)


Le deuxième recours traitait au fond la norme de vision des couleurs pour l'aviation. On me conseillait de limiter le recours au problème des restrictions au vol de nuit pour les daltoniens. Je l'emportais, mais le Service de l'Aéronautique refusait d'en accorder le bénéfice à d'autres pilotes que moi-même. Très vexées, les autorités tentaient d'autres harcèlements, également refusés par le tribunal. Cette attitude nécessitait un troisième recours plus général en vue de libérer totalement les pilotes daltoniens d'Australie.

Le Procès Pape (2) (en anglais)


Le troisième recours avec l'assistance de la CAA, portait sur un réexamen complet de la Norme Aéronautique de Vision des Couleurs. Le rôle des feux colorés de navigation déjà examiné dans le précédent recours ne fut pas réexaminé mais inclus par référence(?). Au total, environ quarante jours d'audition et de lecture furent nécessaires. Pas un exemple d'usage des couleurs en aviation civile ne fut négligé. Tout fut analysé dans les moindres détails. Le Tribunal fit preuve d'une impartialité et d'une exhaustivité scrupuleuses. Nulle part au monde et jamais la question n'a été aussi complètement examinée.

Le Procès Denison (en anglais)


 
Le Résultat fut le rejet sans équivoque de la proposition que le daltonisme menacerait la sécurité aérienne.

 

 
 

Résumé

Le Tribunal Administratif a totalement décortiqué ce que font les pilotes, comment ils le font et le rôle éventuel de la couleur dans ces processus. Pour la première fois dans l'histoire de l'aviation le "problème" de la norme de vision des couleurs était scrupuleusement examiné en toute indépendance.

En Australie, la libéralisation résultante des critères de vision des couleurs continue de faire froncer les sourcils des "défenseurs" de la norme. La plupart réagissent sans même avoir lu les décisions et arguments. Ils répondent: "ignorons", "dénigrons", "on va leur montrer", et occasionnellement "voyons ça de plus près". La majorité ont choisi de l'ignorer, mais le processus est irréversible. La norme de vision des couleurs est fondée sur le mythe que des informations importantes (pour les pilotes) sont codées par la seule couleur, à l'exclusion des contexte, forme, dimension, position, luminosité, tous facteurs qui par définition rendent la couleur redondante et superflue. La revue de chaque cas d'usage de la couleur est fastidieuse et difficile; mais ce n'est pas une excuse pour faire l'impasse.

Il y a maintenant, rien qu'en Australie, assez de pilotes daltoniens expérimentés prêts à servir de cobayes pour lever les doutes authentiques que certains peuvent honnêtement avoir quant à l'abandon de la norme. Qu'on mesure leurs performances en situation réelles avec les mêmes critères que pour les pilotes normaux. Qu'on évite le piège fréquemment tendu par les défenseurs assidus de la norme d'y substituer un test de vision des couleurs. Cela ne répondrait pas à la question et ne serait que fausse science.

Si j'en avais les moyens j'équiperais bien mon avion d'un EFIS. Je ne suggère pas d'ignorer la couleur. Daltonien de type dichromate, j'apprécie la couleur. Même déficient, la couleur enrichit considérablement mon existence.

Tout commentaire constructif et même critique de ces idées est bienvenu, et autant que possible, je veillerai à y répondre honnêtement et sans détour.
 
 

Réponse à Arthur Pape