Aviation de Montagne: nuisances
(Rédaction en cours)
Sur cette question rien ne me confère d'autorité particulière,
je n'exprime ici que des opinions issues d'une longue pratique
de l'aviation et de l'alpinisme. Toutes informations complémentaires
seront bienvenues et seront répercutées ici.
Nature des nuisances
L'aviation en montagne occasionne au moins quatre types de nuisances:
- Les bruits d'échappement
A pleine puissance, c'est à dire en montée et au décollage, les pots
d'échappement montés en série créent un bruit important parfois amplifié par des
effets de réverbération sur le relief. En principe, l'avion ne fait que passer
et le bruit est de courte durée.
- Les sifflements d'hélices
Les extrémités d'une hélice tournant à 2500 t/mn se déplacent à une vitesse
proche de celle du son, causant des turbulences responsables d'un niveau sonore
très élevé.
- Les résidus de combustion
Les avions consomment le carburant 100LL (100 octane low-lead) assez proche
du sans-plomb des automobiles. Les moteurs de conception ancienne n'ont pas un
rendement excellent. Noter toutefois qu'à haute altitude, le refroidissement
très efficace contribue à améliorer ce rendement, ainsi que la commande
'mixture' (manette rouge) qui permet de minimiser le rejet d'hydrocarbures
non brûlés. Les pilotes l'utilisent d'autant plus volontiers qu'elle augmente
leur plafond et diminue leur consommation.
Pour une destination de montagne donnée, et compte tenu de la faculté de choisir
une route directe, le bilan de consommation et de pollution atmosphérique est
généralement meilleur pour un déplacement en avion qu'en automobile.
- Les épaves abandonnées
Autrefois, les avions accidentés dans des lieux inaccessibles étaient abandonnés.
Les structures bois et toile se recyclent naturellement, mais les structures
métalliques déparent le paysage pour longtemps. Cette masse de pollution
métallique doit représenter 1/100000 de la masse des équipements de remontées
mécaniques abandonnés dans les Alpes.
Aujourd'hui, les épaves sont hélitreuillées, aux frais exorbitants de leurs
propriétaires, ou plutôt de leurs héritiers.
Ce sont donc bien les nuisances sonores qui posent l'essentiel des problèmes.
Effets des nuisances sonores
En situation de montagne, par le jeu des parois réfléchissantes et de la
distribution du vent, le champ de pression acoustique est très hétérogène et peut
fortuitement être perçu à grande distance.
- Effets sur les animaux
Il est difficile de consulter l'opinion des animaux, je m'en remets donc
à l'interprétation superficielle de leur comportement.
Les mammifères réagissent par la fuite à la surprise: le petit bruit soudain
d'un pas, d'un ski ou d'une voile de parapente dérange manifestement
beaucoup plus que celui d'un avion de passage même à faible distance.
Naturellement, le pilote qui s'amuserait à les poursuivre les ferait fuir.
J'ai peu d'information sur la susceptibilité des oiseaux à l'approche d'avions.
Certains rapaces affectionnent particulièrement les aérodromes fréquentés,
d'autres accompagnent volontiers les deltaplanes.
- Effets sur l'homo sapiens
Les réactions sont très variées.
Un dolichobipède (randonneur) peut se sentir agressé par un moteur lointain
moins bruyant que le glissement de ses propres skis, tout n'est donc pas
simple affaire de décibels. Dans ce cas, la gêne observée évoquerait plutôt
le harcèlement d'un moustique d'autant plus irritant qu'il est à peine audible.
D'autres réagissent de manière possessive, décodant ce ronronnement comme
un signal d'intrusion dans leur territoire réservé. Certainement authentique,
leur gêne est encore amplifiée par leurs fréquents préjugés sur la personnalité
et les intentions des pilotes.
Certains (très nombreux) manifestent d'évidentes marques de sympathie
envers le petit avion qui par inadvertance s'est approché d'eux.
Plus que l'intensité (décibels) des intrusions, c'est leur répétition qui semble
saturer les victimes: "un avion ça va, trois avions, bonjour les dégâts".
Et puis il y a encore hélas quelques pilotes complexés piquant pleins gaz
sur la piétaille pour exhiber leur puissance...
Une caractéristique des nuisances du vol en montagne est qu'elles sont
exclusivement instantanées: l'avion ne demande aucune infrastructure et ne laisse
aucune trace sur la faune et la flore. Une saison de vol en montagne fait moins
de dégâts qu'une sortie en raquettes dans les forêts de Chartreuse.
Mais ce n'est pas une raison pour sous estimer l'impact sonore infligé aux autres
montagnards.
Lutte contre l'agression sonore
Remède radical: "Yaka interdire l'aviation de loisir"
comme en Irak, en Chine en Corée du Nord et autres paradis écologiques? C'est
vrai que les sports aériens ne sont pas indispensables à la société, la randonnée
non plus d'ailleurs.
D'autres manoeuvres dissuasives ont été pratiquées: tir au fusil, démolition de
sites, crever les pneus, souiller le carburant ou tendre un câble en travers
des axes (il y en a bien qui jettent leur bébé par la fenêtre pour le faire
taire); de telles outrances ont au moins le mérite de traduire à quel point le
bruit peut être perçu comme nocif.
Il y a heureusement des remèdes plus civilisés:
- Les silencieux sont en fait des boîtes de conserve améliorées
qu'on place longitudinalement sous le fuselage, sans pénalité notable sur la
traînée. Leur efficacité à tous régimes est manifeste, sans
diminution notable de la puissance du moteur. L'Administration Française de
l'Aviation Civile a longtemps rechigné à autoriser ces silencieux de conception
et de fabrication étrangère. Ils sont aujourd'hui tolérés, et malgré leur coût
dissuasif (le prix d'une bonne voiture d'occasion) beaucoup de propriétaires font
l'effort d'en équiper leur avion par considération pour la collectivité.
Certaines communes riveraines d'aérodromes, voulant concilier l'avantage de cette
desserte et la tranquillité de leurs résidents, envisagent de subventionner
l'achat de tels silencieux pour les avions basés.
- Les hélices quadripales populaires en Suisse sont-elles vraiment
une bonne idée? Plus petites donc moins bruyantes, elles font bonne
impression, mais leur faible rendement oblige à augmenter la puissance des
moteurs pour monter les mêmes charges aux mêmes altitudes: ce qu'on gagne en
bruit d'hélice on le perd en bruit de moteur. (Peut-être que je dis des âneries,
espérons-le)
- Les hélices "Q-tips" font leur apparition aux Etats-Unis, et ici même
sur certains ULM. Elles ont les extrémités coudées qui brisent le vortex
turbulent et annulent le bruit. Un danger induit est que des personnes
n'entendant ni ne voyant l'hélice en rotation passent à travers. A fort régime,
la contrainte centripète de cisaillement pourrait rompre une extrémité, entraînant
un déséquilibre non résorbé par les paliers de vilebrequin et la panne immédiate
du moteur. On devine donc que la conception la certification et la maintenance de
telles hélices entraînent là aussi des coûts importants.
- La formation des pilotes (à compléter)
- Réguler la fréquentation Si le vol en montagne devenait un sport de
masse, l'agression sonore serait perçue comme intolérable. Certains dimanches sur
certains sites précis la limite est atteinte. Les sites d'atterrissages
(altisurfaces) agréés sont très rares: paradoxalement, si les Préfectures en
autorisaient plus, la fréquentation serait plus dispersée et les pics de
nuisances atténués.
Les pilotes de montagne sont peu nombreux, principalement parce que c'est un
sport difficile demandant une très bonne connaissance du milieu, et ceci évite la
surfréquentation; mais, autre paradoxe, si les pilotes étaient plus nombreux, les
équipements anti-bruit seraient beaucoup moins chers, donc plus répandus et la
nuisance globale peut-être moindre.
- Le respect des montagnards Sans tomber dans la psychologie de bazar,
il est certain qu'une fréquentation conviviale de l'"adversaire" rend son bruit
plus tolérable. Les randonneurs conviés à un vol en montagne restent rarement
hostiles, sans pour autant être convertis à la musique motorisée.
Le Club Alpin Français, qu'on ne peut pas soupçonner de complaisance reconnaît
l'aviation parmi les sports de montagne et organise des rassemblements sur
altisurfaces ou glaciers qui sont l'occasion de franches mises au point.
- Enfin, je vous recommande l'excellent Hôtel de l'Altiport à Méribel,
mais si vous ne supportez pas les bruits d'avion, il y en a d'autres très bien
aussi!
Vos critiques et commentaires sont appréciés.